Rappel du programme de 2008


GRANDE MESSE EN UT MINEUR, KV 427
SYMPHONIE N°41 EN UT MAJEUR, KV 551, dite « JUPITER »

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)


Programme présenté les samedi 12 et dimanche 13 juillet à l'Abbatiale d'Aubazine.


  • Grande Messe en ut mineur, KV 427

    Après avoir quitté brusquement, en mai 1781, le service du prince-archevêque Colloredo à Salzbourg, Mozart s’installe à Vienne et n’écrira plus d’oeuvre liturgique en dehors de la Grande Messe en ut et l’Ave Verum en 1791. En 1782, il épouse contre la volonté de son père Constance Weber. En vue de la lui présenter, il rédige le 4 janvier 1783 les lignes suivantes à son père :
    « J’ai véritablement fait cette promesse dans mon cœur, et j’espère véritablement la tenir. – Quand je l’ai faite, ma femme était encore souffrante – mais comme j’étais fermement résolu à l’épouser dès qu’elle serait guérie, je pouvais facilement promettre cela – (…) comme preuve de la réalité de mon vœu, j’ai la partition de la moitié d’une Messe, et qui donne les meilleures espérances. »
    La Messe résulterai d’un vœu fait en vue de mariage ?
    La « première » eut lieu en octobre 1783 à Salzbourg avec Constance dans les parties de soprano solo. Mais la Messe n’était pas complète. Elle demeurera inachevée. Nous possédons seulement le Kyrie, Gloria, Sanctus et Benedictus. L’Agnus Dei et Dona Nobis manquent totalement. Du Credo, seuls sont rédigés le Credo in unum Deum (moins certaines parties intermédiaires) et l’Et incarnatus (moins la presque totalité de l’accompagnement des cordes).
    Si l’on ne sait pas pourquoi la Messe demeura inachevée, on constate néanmoins qu’elle ne correspond pas à toutes les messes que Mozart a dû composer lorsqu’il était au service du prince-archevêque Colloredo.
    Ici il joue d’une pleine liberté et s’en donne à cœur joie pour renforcer l’orchestration et les chœurs. Les styles musicaux de la Messe sont extrêmement contrastés. De toute évidence, la grande écriture chorale reflète les études récentes que Mozart avait effectuées sur Bach et Haendel. Les influences italiennes se retrouvent dans les sections des solistes. Le cœur de la Messe est sans conteste la grande aria tripartite Et incarnatus est.
    La Grande Messe en ut, écrite pour quatre solistes, double chœur et grand orchestre, est avec le Requiem considérée comme le sommet de l’écriture religieuse de Mozart. Mais elle est aussi, sans aucun doute, un des points culminants de toute sa production.


  • Symphonie no 41 en ut majeur, KV 551, dite « Jupiter »

    Mozart habite depuis sept ans et demi à Vienne. Pendant ce temps il a écrit trois symphonies mais aucune des trois n’est destinée à Vienne. Puis, de juin à août 1788, il en écrit d’un seul coup trois, sur la genèse desquelles on ignore tout. Des lettres attestent seulement qu’elles ont été composées pour échapper à la solitude et à la misère. Elles seront ses dernières car la société dont Mozart dépendait n’était pas au rendez-vous pour les écouter.
    Un lien étroit existe entre les trois. La première en mi bémol majeur exprime l’espoir et l’idéal qui animent toute une vie (les allusions maçonniques y sont évidentes), la deuxième en sol mineur est le chant du drame dans lequel se débat parfois furieusement une existence, et la dernière et ut majeur est celle qui livre bataille en la poursuivant jusqu’au triomphe.
    En tant que Franc-Maçon Mozart sait qu’il n’est pas séparé de l’univers, qu’il y ait correspondance entre l’individuel et l’universel. Si les trois symphonies sont donc nées de données individuelles, elles les débordent aussi.
    C’est en ce sens que la victoire que chante la symphonie en ut majeur est non seulement celle de Mozart sur les péripéties de sa vie, mais aussi celle d’un avenir vers lequel l’humanité progresse. En août 1788, la Révolution couve et dans moins d’un an la Bastille sera tombée.




  • LES TRÈS RICHES HEURES DU PREMIER BAROQUE EN ITALIE ET EN ALLEMAGNE
    Selma, Castello, Böddecker, Schütz, Schein, Scheidt...


    Programme présenté le dimanche 17 août en l’église de Varetz, le lundi 18 août à l'Abbatiale d'Aubazine


    Centré sur l’Italie et l’Allemagne, le baroque musical s’étire sur un siècle et demi de Monteverdi à J.S. Bach.
    Par rapport à la Renaissance, la musique baroque se distingue par ses contrastes, son imagination débordante et ses ornements somptueux.
    Son évolution peut être divisée en trois périodes.
    Lors du premier baroque, de 1580 à 1640 environ, naît le « stile rappresentativo », le baroque médian, entre 1640 et 1690, voit l’éclosion du « bel canto » et du « concerto grosso », le baroque tardif, de 1690 à 1750, connaîtra l’apport du pianoforte.

    Le premier baroque définit le « stile rappressentativo » qui tend à unir le texte et la musique dans des œuvres scéniques. Monteverdi fera le lien entre la « prima prattica » (polyphonie de la Renaissance) et la « secunda prattica » (synthèse entre la polyphonie et l’expression monodique) dans ses œuvres qui expriment les émotions les plus passionnées. C’est à Venise que s’ouvre le premier théâtre lyrique au public.
    Heinrich Schütz reçoit pour l’essentiel sa formation musicale dans cette ville. Il fera connaître la musique italienne en Allemagne, pays alors ravagé par la guerre de Trente Ans et souffrant mille maux.
    Le nouveau style italien, monodique et concertant, offre au protestantisme baroque la possibilité d’interpréter les textes spirituels isolés et de les mettre en musique de façon très éloquente. Souvent le texte est extrait de la Bible. En quelque sorte la musique est considéré comme un discours et le compositeur comme un prêcheur.
    Heinrich Schütz et ses contemporains mettent ainsi en musique des textes spirituels exploitant en tant que musiciens croyants tous les moyens de leur art.

    Le concert vise à mettre en regard la musique vocale allemande et la musique instrumentale italienne pour illustrer le contraste entre le baroque du nord qui chante avec des sonorités splendides la profondeur de la foi luthérienne et le baroque du sud dont la virtuosité instrumentale ne cesse de dépasser des sommets toujours plus jubilatoires et raffinés.




    HOMMAGE A OLIVIER MESSIAEN
    (1908-1992)


    Présenté le dimanche 21 septembre à Varetz


    Ce grand compositeur s'est illustré très jeune au Conservatoire de Paris. Devenu organiste de l'église de la Trinité à Paris, à l'âge de 22 ans, il occupera cette fonction jusqu'à sa mort, soixante-deux ans plus tard. Prisonnier de guerre en 1940, il manifeste ses talents dans un stalag, en y créant son "Quatuor pour la fin des temps". Libéré l'année suivante, il poursuivra une recherche musicale qui s'imposera par sa singularité. Passionné d'ornithologie, il a sillonné les forêts d'Amazonie, d'Inde et du Japon pour noter des chants d'oiseaux que l'on retrouve dans son œuvre. Il en profitait également pour ramener les rythmes des cultures locales.

    "Les chants d'oiseaux ! (...) C'est là que réside pour moi la musique libre, anonyme, improvisée pour le plaisir, pour saluer le soleil levant, pour séduire la bien-aimée, pour crier à tous que la branche et le pré sont à vous, pour arrêter toute dispute, pour dépenser le trop-plein d'énergie qui bouillonne avec l'amour et la joie de vivre, pour trouver le temps et l'espace et faire avec ses voisins d'habitat de généreux et providentiels contrepoints, pour bercer sa fatigue et dire adieu à telle portion de vie quand descend le soir (...) !"
    Olivier Messiaen




    L’HERBIER DE COLETTE
    d’Edith Lejet, Commande de l’Etat 2004-2006

    Cycle de six pièces vocales pour soprano et piano
    sur des textes de Colette extraits de Pour un herbier
    ROSE, JACINTHE, ORCHIDEE, ANEMONE, GLYCINE, ELLEBORE


    Programme présenté le dimanche 21 septembre aux Jardins de Colette


    Cette œuvre résulte de la proposition du président de l’association « Colette en Corrèze » d’écrire une pièce vocale, destinée à servir de « carte de visite sonore » à un parc floral de cinq hectares, « Les Jardins de Colette ». Cet espace de verdure jouxte le parc du château de Castel Novel, anciennement propriété d’Henry de Jouvenel, le deuxième mari de Colette.

    Sur des sujets qui auraient pu être futiles, Colette aborde ici avec beaucoup de fantaisie des considérations d’une réelle gravité. Parmi les six « portraits de fleurs » retenus, aucun n’est dénué d’une certaine théâtralité. Si Orchidée et Glycine ont un véritable poids dramatique, ils sont tous aptes à susciter des élans musicaux, comme Ellébore, à mi-chemin entre berceuse et chant funèbre.
    Ces aspects n’ont pas manqué d’être pris en compte, et de ce fait, tout en traitant les poèmes au plus près du texte, ces pièces n’entrent pas vraiment dans la tradition de la mélodie française. En revanche elles s’inscrivent dans la grande tradition de la musique vocale occidentale, par l’exclusion de tout recours à des techniques de type expérimental, tant pour le chant que pour le piano.
    La partie de soprano a été conçue afin de permettre à la voix de s’épanouir, tout en épousant les tensions du texte. La partie de piano ne saurait se définir comme un simple accompagnement ou un soutien : sa relation est toujours étroite avec le texte et avec la ligne vocale. Elle a une signification musicale très variée, touchant aux domaines harmonique, contrapuntique, dynamique et rythmique. Dans ces pièces, le piano apportera parfois des éléments de figuralisme et pourra créer un paysage sonore autour de la ligne de chant.

    Edith Lejet




    QUATUORS À CORDES
    n°7, op. 108, en fa dièse mineur, n°8, op. 110, en do mineur,
    n°15, op. 144, en mi bémol mineur
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)


    Présenté le dimanche 26 octobre à l'Abbatiale d'Aubazine


    Les quatuors à cordes de Dimitri Chostakovitch sont considérés comme une œuvre majeure du 20ème siècle.

    Pour le compositeur, blessé par des accusations du régime de son pays qu’il n’a pourtant jamais quitté, ils deviennent une sorte de journal intime comme en témoigne son affirmation en pleine période de terreur stalinienne : « un compositeur est difficile à surveiller, s’il ne compose ni opéra ni ballet ; quelqu’un qui a écrit un quatuor peut sans trop de mal le faire jouer chez lui par des amis, et ainsi échapper à l’œil vigilant des autorités. »

    Chostakovitch commence l’écriture de ses quinze quatuors en 1938, au lendemain de l’interdiction pour « hermétisme petit-bourgeois » de son opéra « Lady Macbeth du district de Mzensk », pourtant très populaire et beaucoup joué jusqu’alors.

    Ecrire un quatuor devient pour Chostakovitch un moyen de ressourcement stylistique et un lieu de sa sphère privée où il entend exprimer sa vérité d’homme et d’artiste. Certains quatuors resteront d’abord dans le tiroir, d’autres seront publiés dans un langage crypté. Tous témoignent de sa farouche volonté de ne jamais abdiquer.

    L’œuvre la plus autobiographique et revendiquée comme telle est le 8ème quatuor en ré mineur. Dans une lettre à son ami Isaak Glikman de 1960, il le présente ainsi : « Je viens de composer le 8ème quatuor. J’ai composé ce quatuor idéologiquement condamnable, et dont personne n’a besoin. Je me suis dit que si je mourais un jour, personne sans doute ne composerait d’œuvre à ma mémoire. J’ai donc résolu d’en composer une moi-même. »

    En effet, les nombreuses citations qui émaillent ce quatuor sont toutes intimement liées à sa vie et l’on y décèle sa signature musicale, dissimulée sous la forme de ré, mi bémol, do, si (D eSCH), comme un fil conducteur à travers les cinq mouvements qui la composent.
    Le régime associa la dramaturgie de cette partition aux ruines de Dresde détruite par les impérialistes anglo-américain et dédia l’œuvre « aux victimes de la guerre et du fascisme ».
    Le sens purement personnel du quatuor ne fut révélé qu’en 1993 lors de la publication des lettres de Chostakovitch à son ami Isaak Glikmann.

    Le 7ème quatuor en fa dièse mineur est dédié à son épouse défunte Nina Vazar. Le 15ème et dernier quatuor en mi bémol est une œuvre Requiem où le compositeur, en une introspection douloureuse, semble interroger la matière en en tirant des sonorités inouïes, saisissantes et magnifiques.




    MUSIQUE BAROQUE POUR LE TEMPS DE NOËL
    d’Espagne, France, Allemagne, Italie et Angleterre


    Présenté le dimanche 14 décembre à l'église de Varetz


    Les saveurs musicales spécifiques de chaque pays seront servies à la manière d'un menu festif composé de mets raffinés et variés. Tous les délices ensemble formeront un triptyque sonore à cinq panneaux.

    Ainsi le fin gourmet pourra goûter aux délices des airs de cour galants et mélancoliques de France, aux danses théâtrales des masques de l'Angleterre, aux rythmes ostinato relevés des Follies et Bergamasques d'Espagne et d'Italie, aux sonates riches en contrastes d'Allemagne, et bien d'autres charmes pour les oreilles.

    Un entremets succulent constituera l'œuvre de François Couperin "La Paix du Parnasse" qui réunit en un ensemble harmonieux le goût italien et français.

    Le régal musical s'achèvera par la "Musique de Table" de Georg Philipp Telemann, un vrai kaléidoscope de goûts baroques de divers pays d'Europe.