LES SONATES DU ROSAIRE
de Heinrich Ignaz Franz BIBER (1644-1704)

Présenté le Samedi 10 avril à la Collégiale de Turenne et le Dimanche des Rameaux, le 11 avril à l'Abbatiale d'Aubazine


Heinrich Ignaz Franz Biber, dont on célèbre cette année le troisième centenaire de sa mort, est originaire de la Bohème mais passa la seconde moitié de sa carrière, à partir de 1670, comme violoniste virtuose et maître de chapelle à la cour de l'archevêque de Salzbourg.

Le cycle des sonates du Rosaire a été composé pour l'archevêque Maximilian Gandolph von Khünburg avec la dédicace suivante :
"...Voici un recueil de pièces de toutes sortes pour lesquelles j'ai réglé les quatre cordes de ma lyre de quinze manières différentes : sonates, préludes, courantes, sarabandes, airs ; une chaconne, des variations, etc. avec basse continue, travaillées avec le plus grand soin et la plus grande recherche que mes dispositions ont permis. Si vous voulez connaître la clé de ce nombre : j'ai tout mis sous le signe des Quinze Mystères Sacrés que vous soutenez avec tant d'ardeur...".

En effet, au sortir de la guerre de Trente Ans, l'Eglise catholique s'efforce de consolider voire de ressusciter l'esprit catholique. Pour ce faire elle s'appuie, entre autres, sur les traditions médiévales comme la mystique et l'adoration de la Vierge.

L'archevêque Maximilian Gandolph von Khünburg avait été nommé à Salzbourg pour y appliquer une politique de Contre-Réforme ferme et active.Il s'y employa avec conviction et pratiqua lui-même très assidûment le culte de la Vierge. Il soutint notamment la Confrérie du Rosaire locale dans laquelle il entra et pour laquelle il fit bâtir en 1674 la chapelle de pèlerinage Maria Plain.

 La dévotion du Rosaire est une coutume des anciens peuples d'Orient qui offraient des couronnes de roses aux personnes distinguées par leur mérite et par leur dignité. Les Chrétiens reprirent cette pratique au moyen Age pour honorer la Vierge et les saints. Au IVème siècle la couronne de roses devint sous St Grégoire de Nazianze une couronne spirituelle de prières. Le Rosaire se compose alors de trois chapelets comportant chacun une cinquantaine de perles. Consacré à la Vierge, il invite à une méditation sur les quinze " mystères " vécus par Marie et le Christ. Le premier chapelet renferme les cinq mystères joyeux - l'annonciation, la visitation, la nativité, la présentation au temple, le recouvrement de Jésus -, le deuxième chapelet concerne les cinq mystères douloureux - le Christ au mont des oliviers, la flagellation, le couronnement d'épines, le portement de la croix, la cruxifixion -, le dernier chapelet se rapporte aux cinq mystères glorieux - la résurrection du Seigneur, l'ascension, la pentecôte, l'assomption et le couronnement de la vierge.

BIBER fait suivre l'illustration musicale de ces quinze mystères d'une passacaille pour violon seul en hommage à l'ange gardien. En Autriche on célèbre depuis 1667 la fête de l'ange gardien le 2 octobre. Cette sonate marque ainsi le début du mois traditionnellement dévoué au Rosaire.

Afin de donner à chaque sonate son timbre et son caractère propre, le violon chante chaque mystère avec un accord différent. BIBER offrit ainsi à son patron et à la postérité une couronne de fleures musicale extrêmement raffinées et qui garde jusqu'à nos jours tout son mystère.





COLETTE EN CORRÈZE


Exposition, théâtre et concerts présentés du 7 au 9 mai à Varetz et à Curemonte

Sidonie Gabrielle COLETTE
Née le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye
Morte le 3 août 1954 à Paris


De 1912 à 1924, COLETTE est l'épouse du baron Henry de Jouvenel, rédacteur en chef du journal "Le Matin" et propriétaire du château de Castel Novel à Varetz.

Durant les dix années de mariage avec Henry de Jouvenel, COLETTE séjourne plusieurs fois par an à Castel Novel où vit leur fille Colette, dit Bel-Gazou, née en 1913. Bel-Gazou fait sa première scolarité à Varetz.

Lorsque COLETTE réside au château de Castel Novel, elle reçoit beaucoup, notamment en raison de la vie publique de son époux. En 1921, Henry de Jouvenel devient sénateur de la Corrèze.
C'est également à Castel Novel, qu'elle s'adonne à une intense activité épistolaire décrivant dans ses lettres avec saveur et par le menu l'ambiance qui l'environne en Corrèze. Ses lettres à son amie parisienne Hélène Picard font d'ailleurs l'objet d'un livre.
En tant qu'écrivain, elle termine à Castel Novel son roman "L'entrave", met en place la mise en scène de sa pièce "Chéri" qui sera donnée à Paris, rédige le conte "L'enfant et les sortilèges" pour sa fille et travaille à "Le blé en herbe".

En août 1935, sa fille, Colette de Jouvenel, se marie à Castel Novel. Puis, elle devient, par don de son demi-frère Renaud de Jouvenel, propriétaire des châteaux de Curemonte. Pendant la guerre, Colette de Jouvenel y réside, y reçoit sa mère pour environ trois semaines lors de la débâcle, et devient maire de Curemonte à la Libération.
Le bref séjour de Colette chez sa fille à Curemonte lui inspire son "Journal à Rebours".


Le projet avec les enfants s'inscrit, sur le plan national, dans le cinquantième anniversaire de la disparition de l'écrivain en 2004, et sur le plan régional, dans le vaste programme de la valorisation du pays à travers l'importance que la Corrèze a revêtu pour COLETTE dans tous les domaines de l'art, tout comme l'ont fait la Côte d'Azur, la Bretagne, la Bourgogne et la Franche-Comté. Le futur Arboretum - Parc Floral de Varetz rappellera, p. ex., dans le choix des essences plantées ces différentes régions chères à COLETTE.




AVE MARIS STELLA
de Guillaume DUFAY (c.1400-1474)

Hymne de l'Assomption
Motets, hymnes, antiennes, séquence en hommage à la Bienheureuse Vierge Marie



Présenté le 14 août à la collégiale de Turenne et le 15 août à l'Abbatiale d'Aubazine


Guillaume Dufay est né à Cambrai alors que Van der Weyden, Gutenberg, Masaccio voyaient aussi le jour. Il voyage beaucoup au cours de sa vie et est reconnu comme un des plus grands compositeurs de toute l'histoire de la musique. A la fin de sa vie, à l'époque des Botticelli, Van Eyck, Brunelleschi, Charles d'Orléans, François Villons, etc. Dufay est considéré comme l'un des plus grands artistes de son siècle.

Le programme est consacré aux oeuvres dédiées à la Vierge pour témoigner de la passion mariale qui régnait au 15ème siècle.
Partant de l'hymne de l'Assomption qui se chante avant l'introït de la messe du 15 août, il est proposé un aperçu significatif de diverses compositions mariales avec des formes variées : motet, antienne sur cantus firmus, faux-bourdon, séquence... Elles ont été composées à diverses époques de la vie de Dufay et dans divers lieux. Ainsi chacune témoigne de la richesse de sa création et de l'évolution perpétuelle de son style. Le chanoine de Cambrai mène le motet isorythmique à son apogée tout en révélant un genre nouveau : le motet-chanson de structure rythmique plus libre et d'inspiration plus intime où le sacré se mêle au profane. Ces chansons sacrées sont pour la plupart dédiées à la Vierge, montrant ainsi l'admiration totale de Dufay pour celle-ci. Dans l'antienne tropée "Ave Regina Caelorum" que Dufay veut que l'on chante pour sa mort, il lui demande miséricorde. La Vierge apporte réconfort à tous les pécheurs ("refugium peccatoruum" des Litanies) incarne également les sentiments humains, l'amour, la beauté et la grâce, sublimation de l'amour féminin.




MUSIQUE SACRÉE ROMANTIQUE ALLEMANDE
Mendelssohn, Bruch, Brückner et Cornelius


Présenté le 18 septembre à la collégiale de Turenne et le 19 septembre à l'Abbatiale d'Aubazine


"La musique, interprète du verbe." À aucun moment dans l'histoire de la musique ceci ne fût aussi vrai qu'à l'époque romantique au 19ème siècle lorsque les plus grandes œuvres sacrées pour chœur furent crées. La musique devint une prière chantée, l'expression de la foi profonde des compositeurs pour lesquels l'éclairage du texte sacré devint le moment central de la composition.

 Exemplaires à cet égard sont les psaumes mis que Felix Mendelssohn-Bartholdy mis en musique et qui font encore aujourd'hui partie des œuvres chorales les plus connues. Les célèbres psaumes 91 ("Car Il demanda à ses anges") et 43 ("Juge-moi, Dieu", opus 78/2) reposent sur le leitmotiv du "chemin dans la nuit et dans l'oppression". Le motet "Mon cœur loue le Seigneur" est même appelé "Le Magnificat allemand". Quatre voix solistes y alternent avec des tutti du chœur et l'art de la fugue baroque s'y trouve réuni à l'expression du sentiment romantique, témoignant de la maîtrise de Mendelssohn dans ses œuvres tardives à composer de la musique sacrée en rapport avec la fonction liturgique.

 Ses contacts avec le conservatoire de Leipzig conduisirent Max Bruch très tôt sur la voie de la succession à Mendelssohn. Ses grandes œuvres pour chœur, écrites dans la veine de la tradition introduite par Mendelssohn, lui ouvrèrent les salles de concert de l'Europe entière. Elles se caractérisent par une maîtrise dans le traitement des masses vocale et une harmonie sobre employée avec retenue. "La prière", dans laquelle l'homme confie ses joies et ses peines au Seigneur, et "Le matin des Rameaux", qui parle de l'entrée de Jésus dans Jérusalem, sont extraits du recueil "Neuf chants pour chœur a cappella", opus 60, et furent composés en 1860 à Berlin. Ils créent par leur sobriété une atmosphère de paix intérieure.

 Anton Brückner fut certainement le compositeur le plus pieux du 19ème siècle. Sa musique pour chœur est fortement inspirée de la liturgie catholique comme le montrent les petits motets "Christus factus est", "Locus iste" et "Os justi". Les œuvres qu'il composa à partir de 1860, la plupart du temps pour le service de la liturgie, expriment dans leur brève durée de forts contrastes de voix et des effets sonores très expressifs reposant sur une harmonie d'une grande densité. Brückner y réussit à donner à des textes sacrée anciens des éclairages nouveaux d'une profonde religiosité.

 Un autre compositeur important de la musique sacrée à l'époque romantique est Peter Cornelius. A celui-ci, originaire de Mayence, Liszt conseilla en 1852, en raison de son talent, "de se jeter de toutes ses forces dans la musique d'église". Ainsi naquirent les "Trois chants sur les psaumes", opus 13, qui sont un arrangement ingénieux des mouvements extraits des Suites pour Clavier de Johann Sebastian Bach. Cornelius en fit une œuvre pour quatre voix sur un texte pour lequel il s'inspira des psaumes. Dans son chant "Je veux t'aimer, ma couronne", opus 18,2 basé sur un texte de Angelus Silesius, il éclaire par l'art de la composition le texte de multiples façons.

La musique sacrée liturgique de l'époque romantique se trouvait pris entre l'exigence de l'art et l'utilité pratique, dilemme que les compositeurs comme Mendelssohn, Bruch, Brückner et Cornelius ont su résoudre en traduisant leur foi avec une maîtrise parfaite de la composition, réunissant le verbe à une mélodie née du verbe. Cette synthèse entre la langue et la musique trouve son expression la plus adéquate dans le chant choral, la façon la plus directe où la musique, exercée en commun, est interprète du verbe.




LA VISION DE TONDALE

Présenté le 30 octobre à la collégiale de Turenne et le 31 octobre à l'Abbatiale d'Aubazine

"Si ceux qui viennent au monde savaient ce qui les attend...
Mais, un fou ne craint rien, car il est fou."

(La Vision de Tondale)

 Le récit
Histoire d'un homme inconscient dont l'âme quitte le corps, La Vision de Tondale, fut l'un des textes visionnaires les plus populaires du XIIe siècle, comme une préméditation pour la Divina commedia de Dante. Dans cet étrange récit, l'âme du chevalier Tondale visite un espace inconnu, guidée par son ange, se perd sur des chemins, traverse des ponts dans l'obscurité, observe et subit les tourments des âmes, invoque son ange et pleure en voulant mourir, sans pouvoir mourir… Lorsque Tondale se sent envahi par une bonté et une lumière inconnues, il s'incline devant un trône d'or mystérieusement vide. Ce voyage initiatique au-delà de la mort n'aura duré qu'un "clin de nuit". A regret, son "âme éclairée" rejoint son "corps sombre". En revenant, transfiguré, il entend les voix de ceux qui l'ont veillé pendant son parcours intérieur.
La Vision de Tondale, composée au XIIe siècle en latin par un moine irlandais nommé Marcus, fut transmise et traduite dans de nombreuses langues d'Europe médiévale. Deux versions croates de la Vision ont survécu. Le recueil "Vartal", dédié à une communauté bénédictine de femmes de la côte dalmate, en est une copie très fidèle du XVIe siècle.


 L'interprétation
Musicalement, ce projet est un travail de reconstruction : la connaissance des manuscrits grégoriens, bénéventains et glagolitiques de la Dalmatie médiévale, ainsi que l'étude du répertoire glagolitique dans la tradition orale, ont guidé mes recherches dans la réalisation musicale de ce programme. Le texte de la Vision ne conserve pas de musique, mais il se réfère à des textes liturgiques chantés. Mon travail fut de trouver dans des sources musicales proches (dalmates et italiennes méridionales) des pièces qui correspondaient aux citations bibliques du texte original.

Ce programme est donc conçu sur deux niveaux : des sections de La Vision de Tondale qui racontent le voyage de l'âme dans un monde invisible alternent avec des chants glagolitiques et grégoriens, insérés dans le récit de la Vision. Ces chants, sortis de leur contexte liturgique, ont ici un rôle nouveau. Ils deviennent commentaires du récit dramatique. En conséquence, leur interprétation, expression et rhétorique s'adaptent à cette nouvelle situation: au lieu d'imposer une vision imaginaire de leur sonorité "authentique" dans une situation liturgique, nous mettons leur texte et leur musicalité en symbiose avec les nuances dramatiques du voyage de Tondale.


 Le "bilinguisme" liturgique croate
Dans cette recherche il a fallu faire revivre les couches les plus archaïques de ce qu'on appelle le chant glagolitique. Ce répertoire liturgique, chanté curieusement en langue vernaculaire locale (slavon de rédaction croate), tout en appartenant au rite romain, fut conservé dans des manuscrits en alphabet glagolitique, propre à la Croatie médiévale. Les sources écrites mentionnent l'existence de ce chant en Dalmatie dès le XIe siècle. Or, la particularité du répertoire glagolitique est sa survie parallèle jusqu'à aujourd'hui dans quelques localités de la côte croate, sur les îles et en Istrie, par la transmission orale. Le chant glagolitique possède cette curieuse valeur d'une "musique ancienne" qui n'a jamais eu le temps de devenir ancienne car elle résonne toujours dans les ruelles et les églises dalmates, sans être obligée de se taire.

Nous entendons des mélodies d'Istrie, rudes dans leur polyphonie, pleine d'incroyables dissonances (la messe traditionnelle du village Mune intervient à des moments différents de la Vision comme un fil d'Ariane, en soulignant la densité dramatique du récit); des lectures très proches de tons grégoriens (Lecture de l'Apocalypse de Poljica) ; et enfin des polyphonies plus "suaves" du sud croate (Gospodine, pomiluj). Ces chants glagolitiques alternent avec des pièces latines apparentées (Venite, benedicti, Qui habitat in adjutorio Altissimi, Salve regina). Il m'a semblé très précieux de souligner ces deux facteurs de vie liturgique "bilingue" en Dalmatie médiévale.

Cependant, nous n'entendons pas dans ce programme le chant glagolitique tel qu'il sonne encore aujourd'hui parmi les dernières générations de chantres traditionnels. C'est un voyage vers ces temps où les chantres luttaient pour leur langue et leur musique, et où les mêmes églises possédaient des manuscrits latins et glagolitiques. Notre Vision de Tondale tente de faire comprendre la pluralité musicale en Dalmatie médiévale, complexe réalité composée de strates mystérieuses et de traditions variées qui ont coexistés malgré leurs profondes différences. L'écoute de ces mélodies met subtilement en question nos divisions entre les musiques médiévales, traditionnelles, contemporaines. Le chant qui accompagne Tondale dans son étrange voyage est à la fois audacieux et archaïque, comme une rencontre soudaine avec nos propres ancêtres qui ont survécu à travers les siècles sans jamais nous l'avoir dit.

Katarina LIVLJANIC


Dans la rencontre-conférence avec le public, Katarina Livljanic présentera son expérience avec "La Vision de Tondale", de la première fascination par cette œuvre jusqu'au travail de reconstruction musicale.
Une relecture de "La Vision de Tondale" sur plusieurs niveaux, une idée musicale approfondie au travers de la pratique du répertoire glagolitique, une mise en scène qui soutient le chant et qui lui donne sa valeur intemporelle, seront partagés avec le public.





Chants sacrés et populaires d'Europe centrale et des Balkans

Présenté le 19 décembre à l'église de Varetz

L'ensemble SAVA doit son nom à une rivière qui prend sa source en Slovénie, traverse la Croatie et se jette dans le Danube en Serbie. Il a été crée en 1999 afin de faire connaître les différentes œuvres pour voix d'hommes du répertoire slave et, plus particulièrement, celui des slaves du sud. Composé de quatre chanteurs, il aime à faire apprécier les sonorités si particulières des petits ensembles à cappella de voix masculines.

Le programme proposé prend la forme d'un voyage musical où l'on entend des mélodies sacrées ou populaires provenant des pays traversés par la rivière SAVA.

Dans une première étape vous pourrez entendre des œuvres sacrées et des chants de Noël orthodoxes serbes ou catholiques slovènes.

Puis, le voyage vous conduira sur les rives de l'Adriatique où les vieux palais romains feront résonner des chants populaires dalmates.

Enfin, le périple se terminera à la source de la SAVA, en Slovénie.

Vincent PISLAR