QUEM QUÆRITIS ? (Qui cherchez-vous ?)







 La Plainte des Maries

Le Planctus des Maries, longue lamentation des mystérieuses Maries - individualisées dans ce drame médiéval en Marie la mère de Jésus, Marie Salomé, Marie Jacobi, Marie-Madeleine - et de Jean devant la croix, est proprement italien. Au hiératisme habituel de la liturgie traditionnelle, il oppose la virulente émotion des Maries et de saint Jean.

Le drame n'est pas seulement chanté, il est le lieu d'une précise mise en scène, puisqu'il a été pourvu de nombreuses indications scéniques ou 'didascalies', que l'auditeur d'un disque aura profit à imaginer. Il écoutera ces chants en songeant que saint Jean doit chanter en 'montrant ses larmes à Marie', que les Maries doivent très souvent se frapper la poitrine en signe de détresse, que les Maries en pleurs s'enlacent les unes les autres, qu'elles s'embrassent et embrassent Jean, que Marie enlace le cou de Madeleine 'de ses deux bras', que des gestes des mains, des bras, des inflexions corporelles, participent efficacement à la transmission des sentiments de compassion.
Les mains, dont on sait à quel point elles soutiennent habituellement le discours, sont admirablement et de mille manières offertes et utiles : ouvertes, étendues, frappées, en mouvement circulaire, elles essuient les larmes, ce sont elles enfin qui désignent la cause de ces alarmes, comme elles indiqueront, au matin de Pâques, le tombeau vide, gage de la Résurrection.
Ces gestes, nous les reconnaissons dans les images peintes sur les manuscrits ou sculptées sur les chapiteaux ou sur les porches des cathédrales au Moyen Age.

La déploration des femmes est tout d'abord exprimée en des sortes de récitations, presque simples psalmodies sur une ou plusieurs teneurs mélodiques, ressort habituel de l'expression de la plainte. Ces lamentations monocordes sont agrémentées de quelques formules vocaliques, d'ornements enveloppant la note qui soutient le récit, ou de sortes de leitmotiv créant un lien de répétition sur des mots clefs : Magdalena, magistri tui, crucifixi...
À cela s'ajoutent des excursus mélodiques parcourant toute l'étendue permise par le mode choisi. Ce sont ces relations, de développements ou d'oppositions, qui assurent l'expressivité de la plainte. Ces procédés particulièrement favorisés depuis le XIIème siècle se retrouvent dans d'autres drames avec des fonctions identiques.