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Le jeu de l'Annonciation organise en dialogues des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui étaient chantés durant les offices sous une autre forme, plus hiératique et traditionnelle, d'antiennes ou de répons. C'est donc avant tout la distribution des rôles qui crée la dramaturgie. En outre, les chants aménagent des textes connus qui dès lors sous des formes musicales nouvelles, introduisent dans la continuité des anciens chants, des ruptures significatives. Des antiennes comme Ave Maria, Ecce ancilla, sont universellement attestées, avec la même mélodie. Au contraire Quomodo fiet istud est un emprunt local. Quant à la réplique de l'Ange, Ne timeas Maria, elle commence avec une antienne, prolongée à partir de Et vocabis par une composition nouvelle fondée sur le principe de la répétition. La réplique d'Elisabeth (Salve grata), démarre sous une forme poétique, sur une mélodie originale, mais elle inclut aussi des éléments de la liturgie existante (Benedicta tu...). La forme musicale se conjugue donc avec la forme scénique pour attirer l'attention des spectateurs. Après une sorte d'acclamation qui rappelle une antienne très populaire, l'Ange fait son étonnante déclaration sur une musique très sobre, narrative, dépourvue de toute exagération susceptible de cacher le texte. Celui-ci, en deux parties, reprend à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament, c'est du reste le sens de cette annonce. Marie ne chante que les deux phrases qui lui sont attribuées par l'Évangile : son étonnement (Quomodo...) et son acceptation (Ecce ancilla), qu'elle emprunte aux antiennes de l'office. Suivant l'annonce de l'Ange, le jeu se termine par la Visitation à Elisabeth et le chant du Magnificat. L'individualisation des personnages est donc le ressort principal de ce jeu, individualisation qui émanait comme naturellement des textes. Comment ces textes, qui se prêtaient si bien à une mise en dialogue, avaient-ils pu rester comme enchâssés dans une ordonnance très hiératisée autour de la récitation psalmodique ? La composition dramaturgique trahit donc une nouvelle conception de la liturgie, cherchant dès cette époque un contact plus direct avec les spectateurs, qu'ils soient clercs ou laïcs. |